LE POIDS DE LA PLUME
2025 - en cours


Mise à jour
janvier 2026


Le poids de la plume est une recherche visuelle autour des questions d’héritage et de transmission intergénérationnelle entre les lignées de femmes. Le poids de la plume est un cri sourd, puissant et joyeux, un hommage aux femmes qui ont vécu et à celles qui ne sont pas nées. À celles qui ont eu mal et qui se sont relevées. À celles que l’on a pas su aimer et celles qui aiment autrement. À celles qui chantent et qui continuent de danser. Le poids de la plume met en miroir la nature et les femmes pour suggérer la résistance qui peut naître de l’alliance. D’entre elles naît le sel, le goût et la puissance d’être.



Ce projet est une recherche toute récente que j’ai commencé à développer en février 2025 lors de la résidence Villa Salammbô, à l’invitation de l’Institut Français de Tunisie.




JOURNAL



13 janvier 2026

En observant mes images, je réalise qu’elles évoquent l’état de dissociation qui peut découler de l’expérience traumatique et du stress chronique. Les pensées et les ressentis ne dialoguent plus. Se joue alors une survie par séparation et une protection face à un trop-plein. Mes images disent aussi le désir de me rapprocher de mon corps et de ce qui s’y joue en termes de ressentis et d’émotions. Pourtant, ces corps ne sont pas les miens et lorsque j’observe ces femmes qui marchent, c’est leur visage que je cherche.

L’absence de visage me force à me concentrer sur ce qu’il reste : leurs gestes, leur démarche, leurs vêtements, leurs attributs. Tout se remet alors en branle entre ma tête et mon corps. Ça circule. Je me sens émue alors que ces femmes m’échappent. 

Qui sont-elles ? Une partie de moi ? Les femmes que j’ai aimées et qui m’ont protégée  ? Celles qui m’ont blessée ou qui m’ont fait perdre ce sentiment de sécurité nécessaire pour avancer ? Ces images évoquent-elles la qualité singulière de visages sans présence, comme ceux de mères post-partum en souffrance ? 

Ça continue de remuer à l’intérieur. Si ça circule c’est que ces images sont fortes, non ?

Je dois continuer à écrire.
C’est dans cette alternance de pratique photographie-écriture que je peux espérer avancer.

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Je sens bien 
que des choses m’échappent
Presque tout

Je pense aux femmes 
avec lesquelles 
j’ai rompu les liens
ma grand-mère
des tantes
des amies

C’est ainsi

Pourtant, cette perte de lien m'interroge
À cet endroit, quelque chose me semble
injuste et implacable
comme si la perte de lien 
entre femmes
était inévitable
au sein d’une société 
patriarcale

Je le vois bien
je suis plus dure et plus exigeante 
envers les femmes
comme je le suis envers moi-même

Et pourtant
je connaîs la puissance 
sourde qui nous caractérise
elle est révolutionnaire

J’enrage lorsque je retourne 
cette puissance contre moi 
ou bien contre elles
Je veux que cela cesse