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DÉMARCHE ARTISTIQUE



J’ai passé mon enfance à scruter les albums de photos de famille de mes parents. Dans la maison familiale, il devait y en avoir une dizaine, dont une bonne moitié était dédiée à des évènements ayant eu lieu avant ma naissance. Je ne sais pas vraiment ce que j’y cherchais. Comprendre d’où je viens ? Mettre à distance la réalité, le quotidien ? Savoir qui était cette homme et cette femme, mes parents ?... J’y revenais sans cesse, sans jamais épuiser le plaisir de cette lecture. Quelles réponses ces photographies se refusaient-elles de me livrer ?

Depuis lors, il me semble que la photographie est demeurée pour moi une chose énigmatique. Comme si chaque image portait en elle un mystère, une essence insaisissable, à la fois aux regardeurs, mais aussi à son créateur. Ma pratique photographique, bien qu’essentiellement documentaire, est ainsi intimement personnelle. On dit que pour qu’un être humain fonctionne de manière optimale, sa part consciente et sa part inconsciente doivent dialoguer, naturellement. J’émets ainsi l’hypothèse que ma pratique photographique relève, d’un certain point de vue, d’une démarche de résilience. Le psychiatre Serge Tisseron dans son essai - Le mystère de la chambre claire : Photographie et inconscient - développe l’idée que le boitier de l’appareil photo constitue au même titre que l’inconscient, un espace où stocker ce qu’il nous est impossible d’assimiler dans l’instant présent. « Toute création est ainsi à la fois le témoin d’un processus d’introjection psychique laissé en souffrance et la tentative d’en constituer l’auxiliaire. Elle est en cela un processus toujours inachevé. Cet inachèvement n’est pas son échec, mais sa fatalité. L’introjection « rate » toujours ce qu’elle tente ou, plutôt, elle le réussit d’une façon toujours imparfaite et toujours à parfaire. »

Ma pratique photographique est documentaire. Je travaille en France et à l’étranger auprès de communautés locales, le plus souvent invisibilisées ou précarisées. À travers mes projets, je cherche à mettre en lumière ces communautés, à faire entendre leur voix. Pour cela, je travaille avec elles, et construit le plus souvent mes projets de façon collaborative. Cette approche éthique en quelque-sorte, n’altère cependant pas ma recherche formelle, qui reste essentielle. Mes séries sont construites autour de séquences mêlant portraits, paysages et natures mortes. Souvent, mes personnages regardent l’objectif de la caméra, comme s’ils cherchaient à interpeller le regardeur. Mais pour lui dire quoi ? Par ma photographie, je veux représenter des corps que les groupes sociaux dominants discriminent : corps gros, corps noirs, corps racisés, corps des femmes.

Les grandes thématiques qui traversent mes projets se sont dernièrement précisées. Ces nouvelles directions guident désormais mes recherches. Transmission intergénérationnelle. Liens intra-communautaires. Recherches identitaires. Elles sont présentes en filigrane dans les deux projets long-terme sur lesquels je travaille : « I want to change but I don’t know how to. I feel lonely » et « Demain aussi, il fera nuit ». Je mène respectivement ces deux projets aux États-Unis et au Togo (Afrique de l’Ouest). Pour le premier, j’évolue au sein d’une communauté rurale post-industrielle frappée par l’épidémie des opioïdes. J’y documente les liens familiaux et intra-communautaires de ses membres. Le projet que je réalise en Afrique est tout à fait récent. Je veux travailler auprès de la jeunesse togolaise, questionner le rapport qu’elle entretient avec ses ainés, interroger son désir d’émancipation.



BIOGRAPHIE



Ancienne étudiante à l’école des Beaux-Arts de Nantes (97/99), j’ai d’abord mené une carrière dans le secteur culturel. En 2012, je participe à un workshop organisé par Les Rencontres d’Arles, animé par Claudine Doury. Cette expérience me saisit et la photographie reprend alors une place importante dans ma vie. En 2013, j’intègre pour quatre ans le collectif de photographes Bellavieza. En parallèle, c’est au travers de multiples formations et workshops (École Nationale Supérieure de la Photographie, Rencontres d’Arles, Agence VU, Aperture N.Y.) que je continue de me former. J’anime depuis cinq ans des workshops à destination des photographes amateurs et professionnels. J’interviens par ailleurs régulièrement en milieu scolaire sur des projets de créations partagées. Enfin, désireuse de mobiliser la photographie dans le champ de l’action sociale, j’ai initié courant 2018, la création de l’association L’œil parlant, dans le but de mettre en œuvre localement et à l’international des projets photographiques à destination des publics précaires et/ou marginalisés. Je vis à Nantes et travaille en France et à l’étranger.