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Let’s talk second chances

Documentaire de création
Production Emmanuelle Jacq - A Perte de Vue
Fin de la phase de développement fin 2019



RÉSUMÉ  


Tonya accompagne des personnes souffrant d'addiction. Elle est elle-même ex-toxicomane. La guérison de Tonya est récente, elle est toujours sous traitement de substitution. Au Turning Point de Rutland, petite ville post-industrielle du Nord-Est de États-Unis, elle reçoit au quotidien, en individuel ou en groupe, les habitants de deux maisons de transition de la ville. Ces derniers sortent de prison, leurs délits étant directement liés à leur addiction. Au fil des mois, nous suivons Tonya et les résidents des maisons dans leur progression


VOIR UN EXTRAIT DU PROJET ︎

 (20 minutes / Contactez-moi pour transmission du mot de passe)

Version originale sous-titrée
Chef opérateur : Guillaume Kozakiewiez
Chef monteuse : Sophie Averty







INTENTIONS

(extraits)


Je ne saurais dire ce qui m'a amené ici la première fois. Je pourrais tout au plus répéter ce que je réponds lorsque que l'on me pose la question : « Je voulais améliorer mon anglais. Je cherchais l'inspiration pour un projet photographique. » Je me suis accommodée de ces réponses. Elles étaient pratiques. Pas besoin jusqu'alors de creuser plus profond. Revenir. Repérer. Filmer. Photographier. Tout en sachant que le vrai sujet, la vrai raison m'échappaient encore. Qu'est-ce qui a bien pu m'amener à venir vivre six mois dans une maison où cohabitent des ex-prisonniers souffrant d'addictions ?

Ce n'était pas la première fois que je choisissais le « vivre avec » comme mode d'exploration du monde. J'aurais donc du comprendre, pour l'avoir déjà vécu, que c'était aussi d'une part de moi-même dont j'étais en quête. Alors, je reviens sans cesse. Bientôt douze mois passés ici. J'évolue sur ce territoire en souffrance depuis près de trois ans. Rutland, Vermont, USA. J'observe les corps cabossés, parfois meurtris. J'écoute les trajectoires personnelles, à la fois singulières et communes. Douleur. Je sais qu'il est aisé d'y sombrer, car là-bas, l'ennui et les expériences traumatiques vous portent vers des contrées dont il est difficile de revenir. Certains ne reviendront jamais. Overdose.




Rutland subit une crise que l'on dit sans précédent : l'épidémie des opioïdes. Pourtant, si l'on y regarde de plus près, il est aisé de se rendre compte que cette terminologie, ainsi que les représentations qu'elle suscite, figent les esprits. La réalité est bien plus complexe ; l'alcool, l'héroïne, le crack et la cocaïne continuent de faire des ravages. Mais voilà, la crise des opioïdes sait faire parler d'elle, aussi car elle touche de nouvelles catégories de population jusqu'ici partiellement épargnées par les addictions aux opiacés. Elle permet également aux États, collectivités et associations d'obtenir des subventions pour lutter localement contre les ravages des addictions. Alors même que beaucoup savent que la crise porte mal son nom, elle a le mérite de mobiliser certains territoires qui, ayant identifié un ennemi commun, se mettent en mouvement pour réparer ce qui peut encore l'être.



Les États-Unis font face à des problèmes de drogues depuis des décennies, et, ni War on drugs, ni la politique d'incarcération massive et ciblée des dealeurs ou consommateurs n'ont résolu le problème. Au contraire, le système judiciaire américain a continué de se doter de lois favorisant le retour en prison des personnes souffrant d'addiction. Certains territoires sont devenus des no-go zones – Camden, New-Jersey, le quartier de Kensington à Philadelphie – la collectivité et l'état n'y assument plus leurs missions. Les travaux photographiques de Jean-Christian Bourcart (Camden) et de Jérôme Sessini donnent à voir la détresse et la misère des populations qui y survivent avant le grand plongeon, une seringue dans le bras.

A Rutland, je rencontre des personnes qui entament le grand combat. S'en sortir. Reprendre le contrôle sur leur corps, ainsi que sur leur esprit. Ne plus dépendre d'une substance pour survivre. Faire face à ce qui a été enterré depuis si longtemps : traumatismes et douleurs corporelles. Je rencontre aussi des personnes qui ont entamé un parcours de guérison depuis quelques mois ou quelques années. Et puis il y a les autres qui vivent en pointillé, entre période de sobriété et période de rechute.

Je me reconnais dans le besoin de protection et dans la nécessité de l'échappée. Je connais la submersion émotionnelle. Chacun ses addictions. Ce que je sais, ce que les miennes ne me tueront pas, littéralement.



Au cœur des projets que je développe à Rutland, par de-là le geste artistique,  il y a mon désir de dé-construire les préjugés et les peurs que nourrissent l'addiction et la pauvreté, en partageant les points de vue et les expériences de ceux qui les vivent.













SOUTIENS

Ce projet de documentaire de création a bénéficié du parcours d’accompagnement pour réalisateur porté par la Plateforme - Pôle Audiovisuel et Cinéma des Pays de le Loire. Il a été sélectionné pour Les Rencontres d’Août 2018, résidence pour binôme de réalisateur/producteur durant les États généraux du documentaire de Lussas (Ardèche).

Il a été accompagné au développement par la société de production A perte de Vue, a reçu les aides des régions Pays de la Loire et Bretagne, ainsi que de la Procirep. Ce projet a été visé en plénière par les jurys de la bourse Brouillon d’un rêve - SCAM et ceux de l’Aide à l’écriture du CNC.

REMERCIEMENTS

Remerciements infinis aux hommes et aux femmes qui me font confiance en me confiant leur histoire et leur corps, ainsi qu’aux structures locales qui me soutiennent : Terese Black - Dismas House, Keith Tallon - Rutland Probation and Parole - Department of Corrections, Kiley Dixon - Rutland Treatment Court Docket, Mandala House, Evergreen et l’équipe et les volontaires de Turning Point.

Merci à Martha pour les références et mises en relation, à Colleen pour les traductions, à Elissa pour son amitié. Merci à Shawn, qui a donné vie au projet de film. To be continued...