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Mêlant quête personnelle, justice sociale, écriture, ateliers participatifs et photographie contemporaine documentaire, ce projet naît de multiples séjours passés au sein d’une petite communauté rurale post-industrielle du Vermont, Etat de le Nouvelle Angleterre, Nord-Est des États-Unis.








Mon projet documente et interroge les notions de filiation et de transmission dans des contextes traumatiques. Il se réalise auprès d’une communauté américaine en prise avec l’addiction aux opiacés. Je m’intéresse à ce qui se vit lorsque l’on cherche à changer, plus particulièrement à ce qui tente d’être réparé, transformé, pardonné entre les parents et les enfants, les frères et sœurs, ou
plus généralement au sein des familles. L’addiction n’est pas directement visible dans mes images, c’est dans l’attention aux corps, dans des éléments de décor qu’elle pourra se deviner. Finalement, elle n’est que le symptôme qui révèle des trajectoires de violence, de désenchantement, des pertes de repères et des pertes de sens.


Les transmissions transgénérationnelles et les reproductions sociales sont à la fois à l’origine du trouble (parent dépendant, violent, abusif ou absent), mais aussi source de motivation à s’en sortir. Se réparer pour espérer réparer le lien, se transformer pour exister légalement en tant que parent, changer pour opposer à d’anciennes habitudes de nouvelles expériences... voilà ce qui motive les parents, les frères et sœurs, etc.
La plupart des personnes que j’ai rencontrées au sein de cette communauté sont parents, le plus souvent de compagnes et compagnons multiples. Souvent, la garde des enfants leur a été retirée. Récupérer la garde ou tout simplement assumer le rôle de parent est une motivation importante. Je veux documenter la solitude et les tentatives de reconnexion, l’amour qui persiste malgré les blessures, les tensions présentes au sein de familles qui dysfonctionnent. Je veux traduire mes perceptions par le langage de l’image, en menant un travail minutieux à partir des corps de mes personnages.

L’ensemble de ce projet devrait comprendre une série de 40 images, accompagnées de témoignages, de poésies et de Correspondance Américaine, un travail que j’ai mené lors de mon premier séjour à Rutland.

J’ai découvert la ville post-industrielle de Rutland (15 000 hab.) fin 2016. Elle se situe dans le Vermont, petit État de la Nouvelle-Angleterre, au nord-est des États-Unis. Alors que j’étais à la recherche d’un territoire pour développer un projet photographique, j’ai choisi de partir, en tant que volontaire, vivre pendant 6 mois avec des personnes sortant de prison et souffrant d’addictions. Ce n’était pas la première fois que je choisissais le - vivre avec - comme mode d’exploration du monde et processus créatif. L’intensité de ce type d’expérience est précieuse lorsqu’il s’agit de travailler à partir de réalités autres. Les rencontres que j’ai faites sur place ont été déterminantes pour la suite de l’histoire.


Je photographie une Amérique blanche qui a la gueule de bois, des personnes qui ont majoritairement voté en 2016 pour un président qui était supposé avoir de la considération pour elles, des hommes et des femmes pour qui lAmerican Dream n’a jamais existé.













“Je ne savais pas si j’étais prête à changer”





Jean est une jeune femme qui réside, lorsque je la rencontre en mars 2019, à Mandala House, l’une des trois maisons de transition de la ville de Rutland.


« Je ne savais pas si j’étais prête à changer. Jusqu’ici, j’avais toujours chercher à tromper le système, à dire à mes proches ou à mon officier de probation ce qu’ils voulaient entendre. J’ai essayé d’arrêter de consommer à plusieurs reprises, mais mes motivations n’étaient pas les bonnes. Il faut vouloir s’en sortir pour soi même, pas pour faire plaisir à ses proches, sinon, ça ne marche pas. J’ai mis longtemps avant de le réaliser.”


Tu me racontes ton parcours ?

J’ai commencé à me droguer pour éviter de ressentir la douleur d’être battu chaque jour. A l’époque, je vivais à l’hôtel avec ma fille et son père, Marcus. Un jour, alors que Marcus était dans la salle de bain en train de consommer, quelqu’un a frappé à la porte. J’ai ouvert. La personne était masquée, mais je l’ai reconnue. Il voulait que je lui donne notre stock de drogue. J’ai refusé. Il a braqué une arme sur ma fille. Alors, je lui ai dit de prendre l’argent qu’on avait. Au moment où il quittait la chambre, le père de ma fille est arrivé. Il lui a pris l’arme et lui a tiré dessus à deux reprises. Dans la précipitation, j’ai posé ma fille sur le lit qui était recouvert de pilules. J’ai débarrassé la chambre et je suis partie pendant que Marcus attendait la police. Il a été envoyé en prison pour trois ans.

J’ai vécu à Barre jusqu’à mes 19 ans. Après l’épisode de l’hôtel, j’ai suivi mes parents dans le sud du Vermont. Changer d’environnement m’a motivé à arrêter de consommer. Ça allait. Je restais tranquille à la maison, puis, ma mère a déménagé à Manchester. Je l’ai donc suivit. C’est là que j’ai rencontré de nouvelles personnes, des mauvaises fréquentations en quelque sorte. J’avais pas vraiment besoin d’argent à ce moment là car j’avais un boulot, mais comme j’en ai eu l’opportunité, j’ai recommencé à dealer. Au bout de quelques mois, je me suis faite arrêtée. C’était ma première fois en prison. J’y suis restée un an. Grâce à l’aide d’une association, j’ai pu reprendre un appartement quand j’ai été libérée. J’ai aussi trouvé un boulot.

Quelques mois plus tard, je me suis remise à consommer et à dealer. J’avais des bons contacts à New-York et Springfield. Je me faisais de plus en plus de bénéfices. 35 dollars, c’est beaucoup pour une petite pilule. Puis, j’ai commencé à vendre de l’héroïne. C’était encore plus rentable. J’ai peu touché à l’héroïne, mon truc c’était plutôt la cocaïne ; je me suis jamais injectée quoi que ce soit dans les bras... En parallèle du deal, je convoyais de la drogue depuis les grandes villes des états alentours. Une femme au volant c’est moins suspect, qui plus est, tu peux cacher la drogue là où personne ne la trouvera. Tu vois ce que je veux dire ? (...) Dans un sens, c’est plus facile d’être une femme dépendante, tout simplement car les dealers sont des hommes et qu’ils échangent facilement des faveurs sexuelles contre notre consommation. Si tu veux quelque-chose, tu couches. C’est horrible, c’est dégoutant mais c’est comme ça que ça marche. En septembre 2017, je suis partie à New-York. Je m’y suis prostituée pour me payer ma drogue. A mon retour dans le Vermont, je me suis faite arrêtée. J’avais été enregistrée à mon insu. La police avaient des preuves. Apparemment, ça faisait un moment qu’ils me cherchaient. Cette fois là, je suis restée 15 mois en prison.





J’ai toujours été LA droguée. Jusqu’ici, je n’avais jamais regardé la situation d’une autre perspective. J’ai jamais été la personne effrayée à l’idée qu’un coup de fil allait arriver disant qu’un proche était mort. C’est ce que ma mère à vécu pendant des années. Le truc quand tu deviens dépendant, c’est que tous les moyens sont bons pour te payer ta dose. Et donc, tu fais des trucs qui risquent de t’envoyer en prison, et tu risques parfois ta vie. En ville, j’ai souvent couché avec des hommes que je ne connaissais pas, sans aucune échappatoire si ça tournait mal. J’ai été agressée. J’ai été battue. J’ai été enfermée dans une chambre d’hôtel car le dealer voulait me contrôler, coucher avec moi quand ça lui chantait (...). Ça m’a pris quelques mois avant de pouvoir intégrer Mandala. Leur programme est très stricte et cela demande un gros investissement, y compris quand tu postules pour le programme. J’étais tellement heureuse quand j’ai appris que j’étais choisi. (...)

Je veux changer. Je suis clean depuis trois mois. Je me sens bien et j’ai les idées claires. Je veux arrêter de me mettre dans des situations dangereuses. J’en ai marre de ne penser qu’à la défonce. J’en peux plus de risquer ma vie tous les jours. Je veux trouver un boulot, me payer une voiture, reprendre un appartement. C’est ça que je veux maintenant, et je pense que je le mérite.»



Depuis, Jean a terminé le programme, trouvé un emploi qui lui plait et aménagé dans un appartement proche de celui de ses parents, qui ont, légalement, la garde de sa fille.




Calendrier du projet



2022
Été 2021
Été 2020> Printemps 2021
Automne 2020
Hiver 2019/2020 
Juillet 2019
Juin 2019

Mai 2019
Février 2018
2017
Novembre 2016

Possible exposition au Centre Photographique du Vermont, Brattleboro
Éditing et post-production
Prise de vue et écriture
Ateliers photo menés auprès des habitants de deux maisons de transition de Rutland
Écriture et recherche de fond pour le financement des ateliers de photographie participative
Workshop Teaching Visual Literacy - Fondation Aperture, New-York
Résidence de recherche au sein de la galerie 77ART, Rutland
Obtention du soutien de l’Institut Français, en partenariat avec la Région Pays de la Loire
Session de repérages filmés (film documentaire) + prises de vue photo
Formation à l’approche de la photographie participative - Photovoice, Londres
Recherche (film documentaire, écriture, photographie)
Arrivée à Rutland




Ce projet est soutenu par :

                    



Il a pu se réaliser grâce au soutien de la productrice qui m’a accompagné sur mon projet de film documentaire
Emmanuelle Jacq, de la société de production A perte de Vue.