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I want to change but
I don’t know how to.
I feel so lonely.


Projet photographique en cours
2019/2021

Mêlant quête personelle, justice sociale, écriture, ateliers participatifs et photographie contemporaine documentaire, ce projet naît de multiples séjours passés au sein d’une petite communauté rurale post-industrielle du Vermont, Etat de le Nouvelle Angleterre, Nord-Est des États-Unis.












Ce projet documente le quotidien de communautés en prise avec l'addiction aux opiacés. Il témoigne des étapes et des difficultés rencontrées par des personnes qui souhaitent s'en sortir. L'addiction n'est pas visible dans mes images. Je m'intéresse à ce qui se déploie, se met en œuvre lorsque l'on cherche à changer. Je photographie les étapes significatives du parcours chaotique qui mène parfois à la guérison. Je m’intéresse au lien filial qui unit parents et enfants. Ces liens sont à la fois à l'origine du trouble (parent dépendant, violent, abusif ou absent), mais aussi source de motivation à s'en sortir. En effet, la plupart des personnes que j'ai rencontrées sont parents, le plus souvent de compagnes et compagnons multiples. Souvent, la garde des enfants leur a été retirée. Récupérer la garde ou tout simplement assumer le rôle de parent est une motivation importante pour se libérer de l’addiction.

Je veux documenter la solitude et les tentatives de re-connexion, l'amour qui persiste malgré les blessures, les tensions présentes au sein de familles qui dysfonctionnent. Pour cela, je donne à voir des scènes de vie, des moments d'attente et réalise des portraits en creux en donnant à voir l'environnement des personnes.

Je photographie une Amérique blanche qui a la gueule de bois, des personnes qui ont voté en 2016 pour un président qui était supposé avoir de la considération pour elles, des hommes et des femmes pour qui l'American Dream n'a jamais existé.



Une première étape de recherche vient de se terminer. Elle m’a permis d’éliminer les fausses pistes, les recherches plastiques non satisfaisantes. Aussi, j’ai décidé pour cette nouvelle étape d’élargir mon territoire à deux autres villes du Vermont : Brattleroro et Barre. Je devrais retourner sur place pour deux sessions de prises de vue, et deux sessions d’ateliers.






“Je ne savais pas si j’étais prête à changer”





Jean est une jeune femme qui réside, lorsque je la rencontre en mars 2019, à Mandala House, l’une des trois maisons de transition de la ville de Rutland.


« Je ne savais pas si j’étais prête à changer. Jusqu’ici, j’avais toujours chercher à tromper le système, à dire à mes proches ou à mon officier de probation ce qu’ils voulaient entendre. J’ai essayé d’arrêter de consommer à plusieurs reprises, mais mes motivations n’étaient pas les bonnes. Il faut vouloir s’en sortir pour soi même, pas pour faire plaisir à ses proches, sinon, ça ne marche pas. J’ai mis longtemps avant de le réaliser.”


Tu me racontes ton parcours ?

J’ai commencé à me droguer pour éviter de ressentir la douleur d’être battu chaque jour. A l’époque, je vivais à l’hôtel avec ma fille et son père, Marcus. Un jour, alors que Marcus était dans la salle de bain en train de consommer, quelqu’un a frappé à la porte. J’ai ouvert. La personne était masquée, mais je l’ai reconnue. Il voulait que je lui donne notre stock de drogue. J’ai refusé. Il a braqué une arme sur ma fille. Alors, je lui ai dit de prendre l’argent qu’on avait. Au moment où il quittait la chambre, le père de ma fille est arrivé. Il lui a pris l’arme et lui a tiré dessus à deux reprises. Dans la précipitation, j’ai posé ma fille sur le lit qui était recouvert de pilules. J’ai débarrassé la chambre et je suis partie pendant que Marcus attendait la police. Il a été envoyé en prison pour trois ans.

J’ai vécu à Barre jusqu’à mes 19 ans. Après l’épisode de l’hôtel, j’ai suivi mes parents dans le sud du Vermont. Changer d’environnement m’a motivé à arrêter de consommer. Ça allait. Je restais tranquille à la maison, puis, ma mère a déménagé à Manchester. Je l’ai donc suivit. C’est là que j’ai rencontré de nouvelles personnes, des mauvaises fréquentations en quelque sorte. J’avais pas vraiment besoin d’argent à ce moment là car j’avais un boulot, mais comme j’en ai eu l’opportunité, j’ai recommencé à dealer. Au bout de quelques mois, je me suis faite arrêtée. C’était ma première fois en prison. J’y suis restée un an. Grâce à l’aide d’une association, j’ai pu reprendre un appartement quand j’ai été libérée. J’ai aussi trouvé un boulot.

Quelques mois plus tard, je me suis remise à consommer et à dealer. J’avais des bons contacts à New-York et Springfield. Je me faisais de plus en plus de bénéfices. 35 dollars, c’est beaucoup pour une petite pilule. Puis, j’ai commencé à vendre de l’héroïne. C’était encore plus rentable. J’ai peu touché à l’héroïne, mon truc c’était plutôt la cocaïne ; je me suis jamais injectée quoi que ce soit dans les bras... En parallèle du deal, je convoyais de la drogue depuis les grandes villes des états alentours. Une femme au volant c’est moins suspect, qui plus est, tu peux cacher la drogue là où personne ne la trouvera. Tu vois ce que je veux dire ? (...) Dans un sens, c’est plus facile d’être une femme dépendante, tout simplement car les dealers sont des hommes et qu’ils échangent facilement des faveurs sexuelles contre notre consommation. Si tu veux quelque-chose, tu couches. C’est horrible, c’est dégoutant mais c’est comme ça que ça marche. En septembre 2017, je suis partie à New-York. Je m’y suis prostituée pour me payer ma drogue. A mon retour dans le Vermont, je me suis faite arrêtée. J’avais été enregistrée à mon insu. La police avaient des preuves. Apparemment, ça faisait un moment qu’ils me cherchaient. Cette fois là, je suis restée 15 mois en prison.





J’ai toujours été LA droguée. Jusqu’ici, je n’avais jamais regardé la situation d’une autre perspective. J’ai jamais été la personne effrayée à l’idée qu’un coup de fil allait arriver disant qu’un proche était mort. C’est ce que ma mère à vécu pendant des années. Le truc quand tu deviens dépendant, c’est que tous les moyens sont bons pour te payer ta dose. Et donc, tu fais des trucs qui risquent de t’envoyer en prison, et tu risques parfois ta vie. En ville, j’ai souvent couché avec des hommes que je ne connaissais pas, sans aucune échappatoire si ça tournait mal. J’ai été agressée. J’ai été battue. J’ai été enfermée dans une chambre d’hôtel car le dealer voulait me contrôler, coucher avec moi quand ça lui chantait (...). Ça m’a pris quelques mois avant de pouvoir intégrer Mandala. Leur programme est très stricte et cela demande un gros investissement, y compris quand tu postules pour le programme. J’étais tellement heureuse quand j’ai appris que j’étais choisi. (...)

Je veux changer. Je suis clean depuis trois mois. Je me sens bien et j’ai les idées claires. Je veux arrêter de me mettre dans des situations dangereuses. J’en ai marre de ne penser qu’à la défonce. J’en peux plus de risquer ma vie tous les jours. Je veux trouver un boulot, me payer une voiture, reprendre un appartement. C’est ça que je veux maintenant, et je pense que je le mérite.»



Depuis, Jean a terminé le programme, trouvé un emploi qui lui plait et aménagé dans un appartement proche de celui de ses parents, qui ont, légalement, la garde de sa fille.




Calendrier du projet



2ème semestre 2021
Été 2021
Été 2020> Printemps 2021
Automne 2020
Hiver 2019/2020 
Juillet 2019
Juin 2019

Mai 2019
Mars 2019
Novembre 2018
Février 2018
2017
Novembre 2016

Possible exposition au Centre Photographique du Vermont, Brattleboro
Éditing et post-production
Prise de vue et écriture
Ateliers photo menés auprès des habitants de deux maisons de transition de Rutland
Écriture et recherche de fond pour le financement des ateliers de photographie participative
Workshop Teaching Visual Literacy - Fondation Aperture, New-York
Résidence de recherche au sein de la galerie 77ART, Rutland
Obtention du soutien de l’Institut Français, en partenariat avec la Région Pays de la Loire
Session de repérages filmés (film documentaire) + prises de vue photo
Session de repérages (film documentaire)
Session de repérages (film documentaire)
Formation à l’approche de la photographie participative - Photovoice, Londres
Recherche (film documentaire, écriture, photographie)
Arrivée à Rutland




Ce projet est soutenu par :

                    



Il a pu se réaliser grâce au soutien de la productrice qui m’a accompagné sur mon projet de film documentaire
Emmanuelle Jacq, de la société de production A perte de Vue.